Parmi les pays ciblés par le président Trump le 2 avril, dans sa guerre des droits de douane, il y a l’archipel des Îles Heard et McDonald. Le problème est que ce n’est pas un pays… et que les seuls habitants sont des manchots de l’Antarctique, des albatros et des éléphants de mer.
Situées dans l’océan Indien, ces îles d’origine volcanique sont administrées par l’Australie, mais sont géographiquement plus près de l’Antarctique. Il s’agit surtout de petites îles: l’archipel ne totalise que 370 km2.
Il est difficile d’imaginer sur quoi ces droits de douane s’appliqueront: bien qu’ils soient de bons pêcheurs, les manchots de l’Antarctique n’ont pas l’habitude d’exporter du poisson. Il y a certes des humains qui y viennent de temps en temps, mais ce sont uniquement des scientifiques qui y étudient la faune locale et le climat polaire. L’UNESCO a ajouté l’archipel à sa liste du Patrimoine mondial en 1997.
Au cours de sa conférence de presse du 2 avril, le président Trump avait présenté une longue série de pourcentages — le pourcentage des droits de douane qui serait désormais appliqué à chaque pays. Personne n’a pu expliquer lors de cette annonce pourquoi tel pays se faisait infliger par les États-Unis un « tarif » de 24% et tel autre, de 34 ou 40%. Les Îles Heard et McDonald ont droit pour leur part à 10%, qui est le seuil minimum. D’autres territoires qui ne sont pas des pays non plus figuraient dans les listes distribuées aux journalistes, comme Gibraltar (territoire britannique), Svalbard (norvégien) ou La Réunion (français), mais ils ont au moins l’avantage d’être habités et d’avoir une activité économique.
Il a suffi de quelques heures pour découvrir, dans la soirée du 2 avril, que ces pourcentages sont le résultat d’un calcul arbitraire: le déficit commercial des États-Unis avec ce « pays », divisé par les exportations de ce pays. Ce qui ne fait aucun sens: les 2000 habitants d’une autre île australienne, Norfolk, se font ainsi infliger un tarif de 29%, contre 10% pour l’Australie et ses 26 millions d’habitants.
Mais dans le cas de l’archipel de l’océan Indien, l’un des documents distribués aux journalistes en rajoute, en affirmant que les Heard and McDonald Islands font partie de ceux qui « taxent » les États-Unis sous la forme de « manipulation du cours de la monnaie et barrières commerciales ». Une action qui semble très improbable de la part des manchots et des éléphants de mer.