Des abeilles sont mortes cet hiver en nombre record aux États-Unis. Un phénomène qu’on croyait être en ralentissement, et auquel on ne peut toujours pas attribuer une cause.
Certains apiculteurs ont rapporté avoir perdu jusqu’à 60% de leur colonies cet hiver, selon une alerte envoyée dès le 27 février par le Projet Apis m. (le « m » désigne une espèce d’abeilles, Apis mellifera): il s’agit d’un organisme à but non lucratif créé pour conseiller l’industrie sur la base de données scientifiques.
Traditionnellement, un taux de mortalité de 10 à 20% pendant l’hiver n’était pas inhabituel, expliquent les apiculteurs. Mais au cours des deux dernières décennies, un phénomène appelé syndrome d’effondrement des colonies (ou syndrome de dépopulation des ruches) s’est produit dans de nombreuses régions d’Amérique du Nord, puis d’Europe, provoquant certains hivers la disparition entière de ruches: la majorité des abeilles ouvrières abandonnent soudainement la colonie, laissant derrière elles la reine et quelques abeilles nourricières. C’est dans ce contexte que se situe l’hécatombe de cet hiver, mais celle-ci semble supérieure aux pires hécatombes des années précédentes.
Parmi les causes possibles invoquées depuis que le tout premier épisode de ce genre avait été signalé en Pennsylvanie en 2006: une contamination chimique, ou par des pesticides, de la nourriture entreposée par les abeilles, un manque de diversité génétique dans les colonies ou un parasite — cette dernière hypothèse expliquerait que le phénomène affecte essentiellement l’espèce Apis mellifera, soit l’abeille à miel originaire d’Europe et qui a été jadis importée aux États-Unis.
Le phénomène semblait toutefois avoir ralenti ces dernières années; en fait, en 2024, les populations d’abeilles avaient atteint aux États-Unis un sommet en cinq ans. Les tout derniers chiffres viennent donc de relancer l’inquiétude, y compris chez les agriculteurs: ceux-ci sont devenus de plus en plus dépendants des abeilles pour la pollinisation de nombreuses cultures, dont celles des pommes, des cerises, des melons et des citrouilles. Déjà, en 2020, une étude avait confirmé une corrélation entre le manque d’abeilles dans une région agricole des États-Unis et la diminution de ces cultures.
« Ce n’est pas juste un problème d’apiculteurs », résume sur la chaîne américaine CBS un des « plus importants apiculteurs du pays », Blake Shook. « C’est un problème de sécurité alimentaire nationale. »